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Léon Tourtzévitch et son groupe de musiques slaves, Odessa. @PaulPéan

Son compère accordéoniste lui adresse un regard complice. Lui gratte sa guitare avec détachement. Sa chemisette jaune tranche avec le ciel azur et les rayons du soleil se brisent sur ses lunettes noires. Sourire au zénith, Léon Tourtzévitch profite du moment. Il est fondateur du groupe “Odessa” qui anime le Sud de la France par des airs tsiganes, des chansons de barde, des mélodies du folklore slave et autres romances.

 

Son père est originaire du Sud de la Biélorussie et sa mère de Rostov-sur-le-Don, en Russie. Leur histoire mériterait sans doute un roman. Léon l’a immortalisée dans un texte autobiographique. Son père est un aristocrate blanc qui a quitté l’URSS pour rejoindre la France ; sa mère une soviétique. Ils se sont rencontrés dans un camp allemand pendant le Seconde Guerre mondiale.

Ils se croisent là-bas. Mon père la remarque. Clarisse entend parler de ce Franco-Russe qui donne des concerts sur son violon pour ses camarades prisonniers et elle vient l’écouter. Mon père, je le sais, tombe éperdument amoureux de cette superbe jeune fille dont la force de caractère compense une santé, à l’époque, chancelante. [Extrait de l’Enfant de L. Tourtzevitch]

Par la suite, le couple tente un retour en Russie, compliqué par l’émigration de Yaroslav, le père, considéré comme un Russe blanc. Les péripéties des deux tourtereaux se poursuivent grâce à de faux papiers et l’aide de connaissances. Elles mériteraient plus qu’un simple article. Leur fils ne connaîtra cette histoire que sur le tard. “Mon père était un taiseux. Je l’ai appris presque par hasard, quand il est mort. Je voulais son violon, alors ma mère m’a expliqué l’histoire de leur rencontre et pourquoi l’instrument lui était si cher.”

Offrir un panel de musiques russes

Retour en 2017, à Montpellier. “Môme, j’ai commencé l’école comme émigré russe, on était dans un chœur, on dansait”, dit-il en plongeant dans son anamnèse. Les notes s’évadent de sa guitare pour se mêler à la mélodie de son copain Jean-Marc Torchy. Léon Tourtzévitch s’est véritablement lancé dans la musique vers 20 ans.

“Je m’y suis remis il y a cinq ans. Au début, mon répertoire était principalement composé de Franck Sinatra. Un moment, j’ai placé une chanson russe et ça a beaucoup plu !”, se rappelle-t-il. “Je suis passé par une association franco-russe où j’ai rencontré trois musiciens. Le groupe Odessa a été fondé en 2014”. Actuellement, une Nîmoise au chant, une balalaïka et une guitare tenues par deux Montpelliérains et, enfin, une contrebasse et un accordéon : voilà de quoi crapahuter dans le bas de l’Hexagone porté par la douce voix de la Russie.

“On présente au public français un large panorama de la musique russe. Et cela a du succès, on est souvent à guichet fermé”, glisse le guitariste. Léon Tourtzévitch s’éloigne et salue quelques personnes réunies sur le pont Youri Gagarine, venues inaugurer la statue dudit spationaute.

WP_20171005_14_25_12_ProL’intérêt de la double culture

La double culture ne le gêne pas : “Soit on est tiraillé, soit on est ravi. Personnellement, je trouve ces deux cultures complémentaires. Je pense à la manière de construire les phrases : le français est extraordinairement précis, par des petits mots et des conjonctions, pour clarifier le propos. Le russe n’est pas précis mais emploie des mots très chargés de sens, ce qui est idéal pour la poésie”. Le rationalisme français et la folie russe dans un seul esprit.

Initialement, Léon Tourtzevitch gardait ses distances avec l’émigration russe de France, trop “conservatrice et parfois antisémite”. Avec le temps et les nouveaux arrivants, il s’est rapproché de la communauté. “C’est un retour aux sources”, confie-t-il. Il se sent aujourd’hui investi d’une mission, celle de propager la diversité de la musique populaire russe, qui comporte de nombreuses sous-catégories. “Il y a une demande croissante du public français. Je rêve que la musique russe devienne universelle et soit chantée par tous”. Son amour de la Russie n’est pas feint ; Léon admire ce pays, “le seul au monde où on peut remplir une salle comme le Zénith pour un mec qui récite des poèmes derrière un micro”.

Le 16 février 2018, il mettra en place un concert “exceptionnel”, qui réunira le groupe Odessa et de nombreux musiciens russes, dans la salle “La Passerelle” à Jacou.

Paul Leboulanger

 

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