Interview de Natalia Nutsubidze, chanteuse géorgienne qui vit en France.

Adulée en Géorgie après son passage à The Voice, Natalia Nutsubidze vit en France dans l’anonymat et la misère. Elle explique comment, en l’espace de deux ans, sa vie a basculé. Aujourd’hui plus que jamais, elle est déterminée à renouer avec le succès.

natalianucubidzeIl n’y a pas si longtemps, Natalia Nutsubidze était l’une de ces célébrités qui ne peuvent faire leurs courses sans attirer une nuée de fans. Des supporters armés de stylos et d’appareils photo, fascinés par le dernier passage de Natalia sur une chaîne de télévision locale, ou accros aux airs traditionnels qu’elle entonne dans les restaurants de luxe. Quand Natalia se produit, les touristes venus de toute l’Europe réclament leurs chansons préférées. Il se querellent, à coups d’injures, de billets, voire de poings. Il faut dire que Natalia Nutsubidze, c’est une pépite géorgienne récemment élevée au rang de star par l’émission The Voice 2012.

Dans le cocon musical caucasien

J’étais assez connue, mais c’est avec une de mes compositions, La femme rêveuse, que je suis véritablement devenue célèbre, se souvient la chanteuse. J’avais l’habitude de prendre l’autobus à Koutaïssi [deuxième ville du pays], mais cela devenait impossible d’être sans cesse arrêtée. La première fois, c’est flatteur. Après, c’est un cauchemar“. Rêve ou mauvais songe, cette gloire musicale ne passe pas inaperçue en Géorgie, où la musique est au cœur de l’éducation. “Les Géorgiens naissent dans la musique, c’est génétique, assure Natalia Nutsubidze. C’est le mode d’expression courant“.

 

 

natalia2Quand elle n’avait que quelques mois, Natalia a été bercée dans la tradition caucasienne. Son père, général de l’armée nationale en charge de la musique, est professeur de clarinette. Sa mère enseigne le piano, tandis que ses deux sœurs se partagent piano et percussions. “J’ai choisi le chant… Quand j’avais deux mois, ma mère jouait du piano et je venais chanter, tant bien que mal, près d’elle” Loin de prendre ce présage à la légère, Natalia s’inscrit au conservatoire, où elle peaufine son talent de soprano colorature, jusqu’à devenir une star. “J’ai gagné plusieurs épreuves à The Voice, avant d’apprendre que ma mère était décédée, ce qui m’a empêché de participer à la finale“.

Aujourd’hui encore, des journalistes géorgiens un peu trop intrusifs quémandent des entretiens avec la chanteuse. Pourquoi ? “Pour savoir pour quelle raison j’ai tout plaqué“, rétorque, impassible, Natalia. En 2016, suite à un divorce douloureux, elle quitte la Géorgie avec bagages et enfants. “J’ai eu de grands problèmes à cause de cela. Mais je n’étais pas heureuse en Géorgie, je n’y remettrai jamais les pieds“.

Renaître sous le soleil méditerranéen

Un passeur la conduit jusqu’à la frontière française. Elle est dans le plus grand dénuement : sans argent, incapable de parler français, inconnue et abattue. Elle passe quatre jours dans la rue, avant de partir pour Nîmes. “J’ai commencé par être femme de ménage, un métier pour lequel je me suis brisé la santé. A ce moment, j’ai complètement oublié que j’étais une femme“. Natalia Nutsubidze invoque ses souvenirs avec gravité.

 

Ses enfants, eux, parlent français et vont à l’école. Comme leur mère, ils chantent. “Je ne veux pas qu’ils en fassent leur métier pour autant“. Natalia sait de quoi elle parle. Ses rêves se sont évaporés : être styliste, fonder une famille… Tout s’est éloigné avec sa carrière. Elle n’a toujours pas d’emploi stable et vit dans un anonymat auquel elle n’a pas été habituée. “Cela a été une catastrophe, mais ça m’a permis d’oublier, de fermer une porte“. Par-dessus la douleur psychologique de la dépression, Natalia a enduré plusieurs pépins physiques la conduisant sur une table d’opération.

Je veux recommencer !” affirme-t-elle, prête à repasser The Voice s’il le faut. Intégrée au groupe montpelliérain Odessa le temps d’un concert en 2018, et qualifiée lors d’un concours de chant, elle tente de retrouver la lumière. “Sa voix a baissé, mais elle reste très belle, puissante et juste, sans aucune fausse note“, glisse, admiratif, Léon Tourtzevitch, leader d’Odessa. De temps en temps, sa sœur Ekaterina vient la voir et, l’une au piano et l’autre au chant, elles puisent dans le répertoire géorgien une force inconnue qui leur permet de rester debout, fières et fortes.

Natalia Nutsubidze, pour tous les Géorgiens de Koutaïssi, Tbilissi [la capitale] ou Batumi [station balnéaire où sa mère se faisait soigner], restera à jamais la Femme rêveuse. Pour les Français, elle est devenue la voix inépuisable du Caucase.

Paul LEBOULANGER

Paul Leboulanger

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