Leto : le film de ceux qui “se fichent de tout” (avis)


CF, Culture / jeudi, décembre 27th, 2018

Le nouveau film du cinéaste russe Kirill Serebrennikov, Leto, connaît son petit succès. Alors que son auteur vaque de tribunaux en tribunaux, son long-métrage se répand de salle en salle comme une traînée de poudre.

Analyse

Grâce à cette œuvre ambitieuse (plus de deux heures), ressurgit la musique des années 1980, à l’époque où les jeunes musiciens de rock’n’roll étaient de vraies idoles. Ils étaient portées aux nues, adorés… mais dans la retenue, leurs spectacles étaient surveillés par les hommes du régime. Peu importe, le chanteur Mike pense que le monde appartient « à ceux qui se fichent de tout ». On est médiocre, on fume, on boit, on ne sert à rien ni à personne. Et après ?

L’essentiel, c’est la musique qui permet d’embellir le monde noir et blanc de la Russie de Brejnev. Serebrennikov fait le pari du noir et blanc. Il prend des risques pour faire ressortir l’âme de ses personnages. Leto est un immense clip en hommage à Iggy Pop et consorts ; c’est aussi une comédie musicale pour la génération X de Leningrad ; une belle histoire d’amour et d’apprentissage de la liberté…

La jeunesse russe vue par Serebrennikov est audacieuse, insolente, elle veut mettre à bas le système sans rien proposer en échange. Une forme d’anarchie musicale partagée autour d’un pack de bières, sur une plage quelconque. C’est une jeunesse qui échappe à tout contrôle étatique, qui se plie en quatre pour se payer un instrument et dont le seul rêve et le recording avant la mort.

L’avis de L’Ours

L’un des chanteurs prétend que son « humeur dépend de la quantité de bière qu’il ingurgite ». On a l’impression que le réalisateur veut faire dépendre l’assentiment du public de la quantité de pelicule qu’il déroule. Il y a des longueurs, un usage immodéré de la musique et quelques séquences décevantes. On attendait du cinéma russe, on a un documentaire décalé et bâti avec ambition. Une demie déception, qui n’enlève pas moins l’intérêt du film et le plaisir de plonger dans une époque où la musique était bien plus qu’un art. C’était… l’été (Leto) !

Paul Leboulanger

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